Made in France : l'envers de l'étiquette


Faites-vous partie des trois quarts des français convaincus de l'importance d'acheter du Made in France ?


Si oui, vous y projetez sans doute un gage de qualité, parfois d’écologie, mais surtout de responsabilité économique et sociale. Vous considérez cet achat comme un soutien à l’emploi français dans le secteur industriel et artisanal.


La mention Made in France est utilisée un peu partout, tout secteur confondu, et inonde les discours marketing.

Mais derrière le phrasé court et efficace du Made in France se cache une ambiguïté dont certaines entreprises profitent.


Que vous garantit cette étiquette, et qu’est-ce qu’elle ne dit pas ?


On vous partage dans cet article le résultat de notre enquête qui a duré quelques semaines, tant le sujet est complexe ! Vous retrouverez l'ensemble de nos sources en fin d'article.



Appellations ambigües et francolavage



Tout d’abord, attention aux faux amis du Made in France !


Il est important de différencier l’étiquette Made in France des appellations ambigües et non règlementaires telles que "création française", "savoir-faire français", "imaginé en France", “marque française” : l’insigne franchouillarde est brandie mais brasse du vent !

C’est ce qu’on appelle aujourd’hui Frenchwashing (bluewashing ou encore francolavage pour ceux qui n’apprécient pas les anglicismes) : les rayons de nos supermarchés en sont la plus belle vitrine.

Ne soyez pas déjà lessivé, ce n’est que le début de l’article !




Quand la douane décide

qu’une chaussette est Made in

France ou pas.


Le Made in France (ou Fabrication française) est, quant à lui, un marquage d’origine.

Si aucune procédure n’est obligatoire pour apposer cette étiquette sur un produit, l’entreprise qui l’utilise doit respecter une réglementation régie par la Douane de l’Union Européenne.


Pour résumer et simplifier, un produit peut être estampillé Made in France s’il remplit l’un ou l’autre de ces critères :


1. UNE FABRICATION EN FRANCE AVEC DES MATIÈRES PREMIÈRES EXCLUSIVEMENT FRANÇAISES Le cas le plus simple. Mais il s’agit d’une infime partie des produits “made in France”.

2. UNE TRANSFORMATION SUBSTANTIELLE EFFECTUÉE EN FRANCE Le produit doit avoir subi sa dernière « transformation substantielle » en France. Cette transformation correspond le plus souvent à un changement de codification douanière (le code douanier du produit fini est différent de celui des matières premières et des composants).

CAS N°1

CAS N°2 : Les opérations mineures telles que la couture d’un logo ne sont pas acceptées.


3. UNE VALEUR AJOUTÉE DE 45% PRODUITE EN FRANCE Ce critère s’applique pour certaines catégories de produits comme les voitures, les vélos, les montres, les produits électroniques. Le produit doit respecter un seuil minimum de 45% de valeur ajoutée produite en France (différence entre le prix de départ d’usine et le prix de vente final)



La douane édicte une règle différente pour chaque catégorie de produit. Même dans le secteur de la mode et du textile, des critères différents peuvent s’appliquer.

Et c’est là où le bât blesse !


Une chemise de nuit assemblée en France à partir de tissu et de dentelles chinoises sera Made in France. Ce n’est pas le cas de chaussettes cousues sur notre sol à partir de tissus chinois. Des chaussettes pourront être Made in France, si elles sont confectionnées dans l’Hexagone à partir de fils (français ou étranger)

Conclusion : impossible de savoir, ce qui est d'origine française ou pas, dans le produit étiqueté Made in France.


Le consommateur gaulois a de quoi en perdre son latin !


Les talons d’Achille du “Made in France”


Le Made in France reste un marquage aux contours flous : il n’indique aucune traçabilité de la fabrication du produit… depuis l’origine des matières premières, jusqu’au degré d’implication française dans la chaîne de production. Rien n’est dit non plus sur les conditions de travail à l’étranger.


Le Made in France n’apporte pas de garantie sur la qualité de la matière première ou de la confection réalisée. D’autant plus si c’est le critère de valeur ajoutée qui prime : plus le coût des étapes réalisées à l’étranger sera bas, plus la part de valeur ajoutée française est importante !


La dernière limite est le peu de contrôle effectué par la douane.


Y a quand même du bon dans le Made in France


Voyons maintenant le verre à moitié plein : le marquage permet quand même d’assurer aux consommateurs qu’en achetant Made in France, ils soutiennent l’économie française et des emplois au sein de l’Hexagone (que ce soit des emplois dans le secteur de l’industrie, de l’artisanat mais aussi du secteur tertiaire et marchand).

Acheter un produit marqué Made in France - même si le degré d’implication sur le sol français est plus ou moins important - reste donc un engagement social.

J’sais pas quoi faire, mais qu’est-ce que je peux faire ?


Mais si vous souhaitez soutenir des entreprises Made in France avec un degré important d'implication française, vous vous demandez, avec Anna Karina, ce que vous pouvez faire.


  1. CHERCHER LES INFORMATIONS AU-DELÀ DE L'ÉTIQUETTE La solution pour s’assurer de ne pas être trompé sur la marchandise Made in France : rassemblez toutes les informations sur les conditions de fabrication des produits que vous convoitez. Rendez-vous sur le site Internet des marques. De plus en plus soucieuses de leur image auprès des consommateurs, les entreprises ne négligent plus de préciser ce qui font d'elles des marques Made in France. En revanche, méfiez-vous si les lieux de fabrication ou la provenance des matières premières ne sont pas précisées : il y a généralement anguille sous roche...

  2. SE FIER AUX LABELS CERTIFIÉS Il existe des labels aux garanties plus solides encore (comme Entreprise du Patrimoine Vivant, ou Origine France Garantie). Leur inconvénient : ne pas être à la portée des petites entreprises - à cause du prix ou de conditions hors de portée comme un nombre minimum de salariés embauchés. On vous conseille le site de l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) qui propose un bel outil ergonomique classé par catégorie de produits. Chaque label est décortiqué avec les avantages et les points d'amélioration.

  3. FAIRE BOUGER LES LIGNES DU MADE IN FRANCE Un paquet de propositions pour améliorer le marquage Made in France a déjà été fait. Il y a 10 ans déjà un député proposait un nombre d’étoiles pour indiquer le degré d’implication française. Aujourd'hui, En Mode Climat est un mouvement d'acteurs du textile qui font des propositions concrètes pour que l'industrie du textile lutte contre le dérèglement climatique. Partageons ces initiatives !


Et La Reverdie dans tout ça ?


En tant qu’artisans, nous nous sommes demandé si le terme “Fabrication française” ou “Made in France” informait réellement sur l’identité de notre atelier.


Tous les produits de La Reverdie sont réalisés artisanalement par nos soins dans notre atelier alsacien et la majorité des matières premières et des consommables (scotch, synderme, fils) que nous utilisons proviennent de France (en savoir plus sur nos fournisseurs).

Pendant ce temps, d’autres entreprises estampillées Made in France se fournissent en matière première exclusivement à l’étranger et font confectionner une partie de leur création en dehors de l’Hexagone, ce qui leur permet de se dégager des marges plus importantes que la nôtre.

Malgré tout, le marquage Made in France reste une mention gratuite et accessible pour les jeunes entreprises. Alors oui, nous sommes fiers de cette appellation en dessous de nos objets : “fabrication française”.
Découvrez nos modèles de maroquinerie fabriqués en France de A à Z avec des matières d’exception !


 

Sources et références bibliographique


- Guide pour faciliter la maîtrise des règles d’origine préférentielle dans l’Union européenne - DGDDI, septembre 2011

- Circulaire sur le marquage d’origine et la protection de l’origine française des produits - DGDDI, 12 mai 2015

- Made in France: acheter français, pas si simple Fabienne Maleysson et Erwan Seznec, Que Choisir, n° 512, 2013

- Une «Empreinte emplois» française 60 Millions de Consommateurs, hors-série n° 169, 2013

- Le Made in France: le nouveau critère d’achat privilégié des Français. Les règles essentielles à connaître. Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, 2020. www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/dgccrf/documentation/publications/depliants/made-in-france.pdf

- Fabriqué en France : Le guide du marquage d’origine à destination des producteurs et des distributeurs - Direction Générale des Entreprises, 2018. www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/politique-et-enjeux/guide-fabrique-en-france.pdf


Pour aller plus loin, d’autres articles sur le sujet :

- “La (vraie) vérité des vêtements made in France, celle de ceux qui les font”- Bonne Gueule (blog), Geoffrey Bruyère, 2018. www.bonnegueule.fr/la-vraie-verite-des-vetements-made-in-france-celle-de-ceux-qui-les-font/

- Les schémas présentés dans cet article sont librement inspirés de : "Qu'est-ce que le "made in France" ou "fabriqué en France" ? Définition, garanties et limites", Freen (blog), 2020. www.freen.fr/lifestyle/2020/10/20/quest-ce-que-le-made-in-france-ou-fabriqu-en-france


Images :


- Monet Claude. La rue Montorgueil à Paris. Fête du 30 juin 1878. En 1878. H. 81,0 ; L. 50,0 cm.

Dation, 1982© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais

- Godard Jean-Luc. Image tirée de Pierrot Le Fou : Marianne Renoir / Anna Karina avec une paire de ciseaux.

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